Le miel de la vie …

Pour réussir sa vie, un homme doit faire un enfant, écrire un livre et planter un arbre.

Compay Segundo, tiré d’un dicton populaire latino-americain

Cette phrase m’a toujours intriguée. Les clés de la réussite se trouvent-elles vraiment dans ces trois actions ? Se résume-t-elle à ces trois actes ? Serait-ce si simple de réussir sa vie, finalement ?

Et puis, d’abord ! Réussir sa vie, ça veut dire quoi ? Est-ce se sentir heureux ou correspondre à des critères établis par la société ? Vaste débat, j’en conviens et, au demeurant, assez complexe.

D’ailleurs, si on reprend cette phrase, implique-t-elle que l’enfant devienne un adulte heureux, que le livre soit lu avec plaisir et que l’arbre devienne un beau et robuste chêne ? L’accomplissement est-il dans l’acte ou dans la pérennisation ?

Hier, l’occasion m’a été donnée de vivre une expérience marquante.
Un petit bout de rien qui contribue à créer un grand tout et à me faire dire : ma vie est belle !

J’ai la chance de vivre à la campagne et, il y a peu, un apiculteur a profité de la grandeur de notre jardin pour y déposer des ruches. Ça n’a rien de palpitant quand on n’est pas apiculteur, il faut l’avouer. Cependant, hier, avant que nos petites abeilles nous disent au revoir et partent en hivernage, l’apiculteur nous a laissé deux rayons de miel, comme ça, tout juste sortis de la ruche, en nous expliquant comment récupérer le miel.

Vous avez déjà récolté du miel ? Moi, jamais !
C’est bien pour cette raison que l’expérience a été marquante, à plus d’un titre.
Tout d’abord, il y a la joie d’assouvir une curiosité – comment ça marche un rayon de miel ?!- puis, le plaisir des sens.

Le plus prégnant est l’odeur. Une odeur forte de cire naturelle qui me renvoie aux souvenirs de Noël, en Allemagne, et la confection des bougies avec ma grand-mère. Par curiosité, un doigt curieux s’attarde sur les alvéoles et en teste la solidité. Elles craquent et un filet blond doré s’en échappe.
Oh, surprise, il est tiède !
Forcement, toujours poussé par la curiosité, le doigt se porte à la bouche.C’est sucré et, en même temps, un peu acre mais tellement bon. Moi je savoure et mes papilles exultent.
Pour récupérer le miel, de manière artisanale, il suffit de briser les alvéoles au dessus d’une passoire. Le précieux liquide coule tout seul. En revanche, pour ne pas en perdre une goutte, il faut presser la cire enlevée de son cadre de bois. Je prend un plaisir enfantin à malaxer la matière entre mes doigts, vite couverts de miel tiède.
L’étape suivante consiste, après un dernier filtrage, à mettre le miel dans des pots et observer fièrement le résultat d’une vingtaine de minutes de travail, alors que les abeilles auront mis des mois à bâtir les réceptacles et les remplir patiemment.
Promis, je penserais à elles en savourant ma crêpe au miel !

Et voilà, je me suis extasiée comme une môme devant un procédé que je ne connaissais pas et cette situation m’a rendue heureuse.
Ce n’était pas difficile, c’était même plutôt agréable.
Ce n’était pas extraordinaire, probablement un geste réalisé depuis des centaines et des centaines d’années, par des centaines et des centaines de personnes.
Ce miel ne me nourrira pas pendant des mois et pourtant, le souvenir de cette expérience me suivra pendant des années. Comme beaucoup d’autres, d’ailleurs.

Je n’ai pas planté d’arbre, j’ai récolté du miel.
J’ai mis un enfant au monde mais avant j’ai vu naître et parfois fait naître des animaux, du veau au bébé requin, j’ai éduqué des chiens, dressé un poney, vu des petites boules de plumes devenir de belles chouettes.
Du haut de mon quart de siècle à peine passé, j’ai vécu et un jour, peut-être, j’écrirai un livre pour raconter cela.

Ça compte pour ma réussite ?
Je pense que ça y contribue. Ma vie est faite de galères, d’échecs et d’impasses mais aussi de petites choses, insignifiantes parfois mais qui mises bout à bout me rendent heureuse. Ce bonheur, je compte bien le poursuivre et le communiquer à ma famille.
Ma réussite, on en reparlera quand j’aurais la certitude qu’il n’y aura plus de nouvelles expériences pour faire grandir ma liste des petits rien qui font un grand tout.

Ça me laisse du temps, non ?

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5 réflexions sur “Le miel de la vie …

  1. superbe récit !!! joli partage vraiment !! les petits rien de la vie font les grandes rivières de nos envies… laisser le temps au temps c’est toujours mieux.
    Catherine MILLET

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