Bond dans le temps

Septembre 2003 : 

Casque de moto à la main, blouson de cuir sur le dos, le métal de mes chaussures claque sur le carrelage du couloir. A mon entrée dans la salle, des têtes se tournent et me dévisagent comme une bête curieuse. J’aurais envie de leur dire qu’il faut sortir et pas seulement le dimanche mais je me contiens. Ce n’est pas comme si je ne l’avais pas cherché.
J’avise un visage familier et vais m’asseoir à proximité. Quelques mots échangés rapidement et une autre silhouette nous rejoint.
Sur l’estrade, une femme prend la parole. C’est parti : première année sur les bancs de la fac.

Septembre 2011 :

Le couloir n’a pas changé, le carrelage non plus et mes chaussures claquent encore mais cette fois, c’est le talon d’un escarpin. J’ai quitté mes chaussures de mad max et la panoplie qui allait avec. Les souvenirs remontent et une bouffée de nostalgie m’envahit. Je ne cherche pas une salle, mais un bureau. Lui non plus n’a pas changé de place. Assise derrière la table, cette femme qui parlait sur l’estrade. L’accueil est chaleureux, amical, désormais, je tutoie celle qui a marqué ma vie. Elle m’a fait confiance à l’époque et le fait encore aujourd’hui. Briefing, papotage et un café plus tard, je remonte le couloir et me dirige vers une salle. Les regards sont curieux, toujours, seulement la curiosité n’est pas la même.
C’est parti : premier cours à la fac.

Grande émotion ce jour de septembre.
Non pas que l’idée d’assurer un cours dans un nouvel établissement soit spécialement perturbante, je l’ai fait plus de six fois l’année passée. J’ai plutôt l’impression d’avoir fait une boucle temporelle.
Huit ans auparavant, le bac en poche, j’intégrais une université.
Aujourd’hui, j’y enseigne.
J’étais rebelle et provocatrice pour masquer une timidité exacerbée.
Je suis maintenant posée et sûre de moi, suffisamment pour affronter volontairement le regard et les attentes d’une bande de jeunes.
Ce changement, ces évolutions de ma petite personne, je les dois à une suite d’évènements parmi lesquels deux années dans cette fac, auprès de gens qui m’ont permis de grandir parce qu’ils m’ont appréciée, accompagnée et soutenue malgré mon look grung et mes boulettes d’ado.
Je pense que c’est une des raisons qui m’empêche de quitter définitivement l’enseignement. Non seulement la transmission des connaissances me passionne mais je sais à quel point le rôle d’un enseignant peut être déterminant dans la construction d’un adulte en devenir.
Alors, je veux juste dire merci à mon prof de math de collège, à ma prof de latin au lycée et à ma responsable de fac. Sans eux, je ne pourrais nourrir aujourd’hui l’espoir d’apporter à mon tour, à ma toute petite échelle, un soutien à des jeunes qui vont devoir grandir. Et je ne pourrais pas non plus me dire que décidément, ma vie est chouette !

La séquence émotion est terminée. Au boulot maintenant, j’ai un cours à préparer !

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