Voyage Schizophrène

Cet article, j’aurais du l’écrire depuis longtemps. Comme beaucoup d’autres, mais celui là me tient à coeur.

Elle ne souffre pas de dédoublement de la personnalité, elle n’est pas actrice et pourtant, chaque fois qu’elle prend la plume, elle semble entrer dans la peau d’un personnage. Elle s’approprie leurs pensées, leurs sentiments, leurs décisions et leurs doutes et nous les offre, comme une fenêtre sur des univers qui nous seraient autrement inaccessibles.
Elle, c’est Siham Benchekroun et son projet est tout a fait assumé. Il est exprimé, d’ailleurs, dans les premières pages du recueil de nouvelles “Les Jours d’Ici” :

Je commets sur des personnes le viol d’en faire des personnages.Je suis comme ceux qui empaillent des animaux pour en faire des objets décoratifs. Je crucifie des existences humaines sur du papier.
Je ne suis pas un créatuer. Je suis un faussaire.
Ce que tu trouveras dans les pages qui suivent ne vient pas de moi : il vient du monde.
Je ne suis qu’un plagieur de réalité.
Le personnage de l’auteur (extrait)

Mais l’art de l’écrivain va au-delà.
Les 13 personnages qu’elle compose pour nous sont une galerie de portraits et chacun livre une vision qui lui est propre. Assemblés, ils se transforment et deviennent un panorama, un paysage, une vision d’ensemble, comme un patchwork dont chaque morceaux est nécessaire pour que la couverture remplisse son office.
Pourtant Siham Benchekroun ne nous donne pas une peinture à observer, elle nous y transporte. Ses mots choisis avec soin sont des messagers, des véhicules qui font vivre en nous le Maroc, avec ses joies et ses tristesses, ses drames et ses bonheurs. Elle ne nous le vend pas, ce n’est pas une brochure touristique. C’est la réalité, une réalité. Et chaque mot qui compose ses phrases sont des fragments de cette réalité. Parfois crus, parfois poétiques, ils sont toujours vrais, de ceux qui agissent directement sur le lecteur. Tour à tour, ils le séduisent, le rejettent, l’emportent ou le dégoûtent. Peu importe puisqu’il ne le laisse pas indifférent !

Siham Benchekroun est une abeille. Elle nous observe, de tous ses yeux, capte les détails que nous ignorons, butine à droite et à gauche les informations, les collecte et par un procédé qui n’appartient qu’à elle, les transforme en miel, doux, sucré, amer aussi mais dont nous nous délectons à chaque page.

Editions Empreintes, 2002

Et pour les curieux qui voudraient en apprendre davantage sur l’auteur, c’est par

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