Rituel d’écriture

En me mettant devant mon ordinateur en vue d’écrire, je me suis rendu compte que ce moment avait un petit je-ne-sais-quoi confinant au rituel.
Me faire un thé ou un café, poser à côté de l’ordinateur quelques feuilles de papier, un paquet de cigarettes, le cendrier, mon briquet, trouver le bon stylo, brancher mes écouteurs, lancer la musique.
Un vrai rituel, en fait! Assez proche du cliché, même! Comment en suis-je arrivée là? Ne suis-je plus capable de griffonner dans les espaces blancs d’un magazine sur le coin d’une table?

J’ai pris quelques instants pour réfléchir. Et je me suis rendue compte qu’en réalité, j’avais toujours eu des petites manies, des habitudes, des routines concernant l’acte d’écrire.

Dans l’enfance déjà. Quand je n’empruntais pas la vieille machine à écrire de ma mère pour en tapoter frénétiquement les touches, allongée sur le tapis de ma chambre ou quand je m’installais soigneusement à mon petit bureau. D’abord pour écrire des mots. Le plaisir de les voir naître sur le papier, se former trait après trait et prendre du sens.
Un sens qui en a fait des histoires. Émergeant dans ma tête, prenant corps sur le papier puis mourant. Je crois qu’une seule de ces histoires a eu une fin. Mac la souris. Et dire que je l’ai perdue.

Mais je m’égare. Quelques années plus tard, devenue adolescente, j’écrivais partout. J’entends dans tous les lieux mais aussi sur tous les supports. Sur les murs de ma chambre, sur mes jean’s, mes sacs, mes tee-shirts, rien n’y échappait. Parfois uniquement pour y déposer une citation, un bout de poème, quelques-uns de mes propres mots. Mais toujours sur des supports que je pouvais observer par la suite.

Et je suis revenue au papier. La periode de transition a été longue et mes cahiers de cours entrecoupés de chapitres orphelins, d’histoires d’elfes, de guerriers et de beaux chevaux blancs.
C’est à cette période que j’ai développé mon premier rituel: Les cafés.

J’y ai passé des heures. Quelques fois passant plus de temps à observer qu’à écrire mais toujours un stylo a la main et un carnet posé sur la table. En compagnie de ma soeur aussi, travaillant avec acharnement sur une histoire qui n’aura probablement jamais de fin non plus.
J’avais besoin du bruit, du mouvement. non comme une distraction, pas vraiment, plutôt comme un environnement duquel m’isoler tout en y étant immergée.

Finalement, aujourd’hui, j’ai besoin du calme et du confort de mon appartement. Peut-être est-ce du à l’interdiction de fumer dans les cafés. Peut-être parce qu’il y a suffisament d’agitation autour de moi en dehors de ces moments. Peut-être parce que désormais je suis payée pour écrire. Peut-etre parce que j’ai changé.

Est-ce que j’aurais un jour un autre rituel? Je rêve d’un grand bureau avec une table massive et des murs couverts de livres. Bon d’accord, je donne toujours dans le cliché.
Une seule chose est sûre, et ce depuis toujours. Je ne peux écrire correctement que sur du papier, un stylo à la main, répondant à ce besoin de dessiner les idées. Ces mots même que vous lisez sont nés sur une feuille de papier.
Pourquoi ?
Parce que j’adore cette sensation et que … je fais moins de fautes que lorsque je tape sur le clavier …

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4 réflexions sur “Rituel d’écriture

  1. Après cette douce lecture d’un rituel, je décidais à mon tour de me lancer, mais sans filets. Entendez par là que mes doigts fuseront sur le clavier, sans prendre la feuille blanche pour la caresser d’une plume, légèrement imprégnée d’une encre d’un noir profond.

    L’écriture, je ne l’ai jamais cherché ni même rencontré par le plus grand des hasards. Mes facultés se limitaient à un esprit relativement ouvert en rédaction, en analyse, et aux développements des théories sans en connaitre les tenants et les aboutissants. Aussi curieux que cela puisse paraitre, je crois devoir ce don à un niveau qui me dépasse de plusieurs milliers de têtes, et en même temps à une déformation de mon désir d’apprendre ce que j’aime. Je suis une éponge doté d’une mémoire visuelle assez « exceptionnelle » que je place entre guillemets tout de même.

    Mon enfance, je l’ai passé à lire des bd comics… Zola et toute la clique ne me plaisait guère. J’ai malgré tout, un peu plus tard ! pris le temps de lire des auteurs classiques parmi lesquels Stephan Sweig, Jules Verne et certains auteurs qui usaient des saintes écritures pour offrir un sens positif et ainsi renforcer leurs textes. Ça m’a ouvert la perception de l’écriture mais sans avoir l’envie de m’emparer d’un stylo pour autant, et griffonner au passage quelques lignes d’un vieux cahier. Mes mots étaient dans mes paroles, dans mes actes, ils étaient ma vie et j’y prenais plaisir dans l’échange avec autrui.

    Le jour où j’ai vraiment pris conscience de quelque chose, malgré quelques expériences passées, c’est quand il m’a fallut faire preuve d’originalité avec celle qui allait devenir ma femme… et ça ! je l’ai su dès le premier regard échangé. Elle allait fêté ses 20 ans, c’était en janvier 1999. Nous nous sommes connus juste un peu avant, et nos échanges tournaient autour de la philosophie, je n’y connaissait rien mais je pouvais en parler… c’était un sentiment plutôt étrange à vrai dire.

    De ces mots échanges, d’Épictète et Descartes que j’ai lu, j’ai concocté une lettre en vieux français d’une traite et avec une plume de calligraphie s’il vous plait. On pouvait se laisser captiver la pupille par des mots comme hydromel, passionnel, épitaphe, demoiselle et charnel… je pourrais encore la réciter. D’ailleurs la lettre est toujours au chaud dans un album de souvenirs.

    C’est après cet exercice que j’ai découvert l’écriture et ce qu’elle renfermait pour moi. C’était un parfait exutoire, je n’avais besoin que d’une chose; un terrain vierge telle une feuille blanche, dans l’attente des mots parcourant sa surface pure et soyeuse. J’écrivais des poèmes, des histoires, des analyses, des drôleries, des textes travaillés avec des mots choisis… j’ai commencé les exercices de rédaction par la manipulation de mots choisis au hasard, par 10, 20,30 et jusqu’à 50 pour ensuite les rassembler au sein d’une cohérence en un minimum de temps. C’était pour moi un parfait exercice pour forcer l’inspiration (Je l’ai même repris plus tard sur le groupe viadeo que j’anime).

    L’envie d’écrire, je ne la provoque pas, je l’attend tranquillement au moment ou elle semble m’appeler. Que j’ai un clavier sous la main, mon iPad ou une feuille blanche m’importe peu. Néanmoins j’aime écrire au calme, et plutôt en soirée quand tout s’endort… et même ma femme. Je ne pense à rien, je dois juste ce talent à mon imagination débordante et un esprit créatif perpétuellement en mouvement… je l’ai éprouvé en faisant les travaux de mon appartement entièrement du sol au plafond. Je prends soin des choses, et j’aime qu’elles me renvoient ma pensée créatrice du moment. Je suis relativement changeant, mais pas dans mon éthique, sans doute par gout de ce qui m’entoure, et aussi par le partage et le dialogue que j’active avec une multitude de gens.

    Pour recentrer sur l’écriture, elle est aussi pour moi un moyen de communiquer plus fort que la parole. Elle n’est pas forcément apte à se faire entendre, et elle est même emprunte d’interprétations selon l’humeur et l’imagination des gens. Si vous maitrisez ses orientations, vous contrôlez son impact… si vous placez votre humeur dessus, vous perdrez le fil et le but recherché. La parole par dessus doit être douce et autoritaire à ses heures, pour ne pas tomber dans le sentimental et ainsi casser l’image qui en ressortirai. Chaque mot est une invitation à connaitre son auteur, sa façon d’être et son jardin secret. Parfois très difficile à percer… moi j’en use à l’opposé de ce que je suis… mais ce je suis m’amène à écrire et c’est alors difficile de saisir ma profondeur qui est encore secrète.

    Voyez-vous ! point de rituel et un texte livré sans relecture… certainement brut et parsemé de fautes et de coquilles…. et manquant également de détails, mais il est tel que je l’écris et tel que je le vis à l’instant présent.

    J’espère que ces quelques mots, vous auront invité à passer un moment agréable en mon humble compagnie.

    Bien à vous,
    Laurent B.

  2. Ah, l’écriture. Un jour, elle nous harponne, puis envahit notre vie. Qu’on lui accorde un rituel ou qu’on la laisse s’exprimer chaque fois que bon lui semble, elle est bel et bien présente.
    Mais, nous l’aimons, alors nous la laissons faire.
    Parfois, nous y pensons comme si c’était quelque chose d’annexe, d’extérieur à nous. Nous tentons de prendre du recul, comme pour se convaincre que nous maîtrisons son emprise.

    Soyons réaliste, la plupart du temps, nous n’en maitrisons que la forme et pas l’essence. Il faut l’avouer, l’écriture est EN NOUS et nul part ailleurs.
    Inutile de combattre !

    Bien entendu, je fais, ici comme toujours, une distinction entre écriture et rédaction. Mais … ceci est une autre histoire !

    Merci Laurent de nous avoir livré une part de votre « intimité écrivaine » (si, si …) et à bientôt pour d’autres lignes.

  3. L’écriture ! Ah ! Alors que ce matin je prenais mon petit café lavazza accompagné d’un verre de jus d’orange, j’ai eu la soudaine envie d’écrire. Pourquoi ? simplement en pensant au titre de ce post et à mon habituel café. J’avais inconsciemment crée une association entre mes habitudes, le mot rituel… et écrire. J’ai rigolé en moi-même de ce constat, et avec, l’envie de le partager ici.

    L’intimité écrivaine, je pourrai en dire un peu à ce sujet, et c’est justement ce dernier petit commentaire qui m’y incite. Je sais pertinemment qu’il y a une réalité entre le fort intérieur d’une personne et son désir d’écrire, de s’exprimer, de rédiger… c’est mécanique et sans doute rattaché à une part de mystère. Et un mystère n’en est un, que s’il est méconnu de celui qui ne perçoit pas la personnalité de l’auteur, de l’écrivain, voir de l’artiste dans son œuvre.

    J’ai toujours aimé cette image de Michel Ange sculptant la statue de David. Il a repris un bloc de marbre initialement destiné à une autre sculpture et la fait vivre en sortant un monument de la Renaissance. Quand il a achevé son travail, il l’a installé dans le hall des critiques recouvert d’un drap blanc. Il a alors découvert le drap laissant apparaitre David, son chef-d’œuvre de l’époque. J’ai alors envie de vous demander, qui l’œuvre fait-elle connaitre ?

    Il y a 2 approches de mon point de vue dans l’écriture, celle de plonger le lecteur dans une aventure, et celle qui donne envie de connaitre l’auteur. A vrai dire, entrer dans une aventure incite déjà à se projeter dans le monde de l’auteur, et bien que parfois imaginaire, il reflète néanmoins ses expériences, son imagination, sa connaissance et en partie ses mémoires. C’est alors un jeu piquant que de chercher à connaitre qui se cache derrière quelqu’un qui écrit, ou qui exprime sa passion en la matérialisant au travers de ses capacités artistiques, si je puis dire.

    Alors il y a une notion très forte à pénétrer dans l’intimité, nous dirons ici de l’écrivain… »ce que je ne suis nullement », moi je ne suis qu’un simple amateur, et à mon niveau je préfère ramené le terme à sa simplicité; écrire. Je parle donc bien du vrai écrivain, celui rédigeant avec habilité, en déplaçant la pensée de son lecteur vers la représentation de son écrit.

    Et c’est à ce titre que je veux apprécier la qualité de ce vécu « rituel d’écriture », il donne le ton de ce billet et amène justement à connaitre cette part d’intimité de son auteure. C’est un partage chargé d’émotions qui retranscris bien le parcours, et l’orientation vers un goût prononcé pour l’écriture. Ceux ou celles qui y verront un plus liront à travers les lignes… et c’est ici que se cachera l’identité de l’auteur(e).

    Voilà pour la petite pause ‘écriture’ du jour… et pour poursuivre sur un sujet riche, emprunt au delà des mots de fortes émotions.

    A bientôt.

  4. très interessant… je partage beaucoup d’annotations des uns et des autres…

    comme j’ai 72 ans je peux preciser que quand on ecrit « depuis toujours » on passe par differentes periodes qui recoupent dites annotations:
    la page blanche ou le clavier, le rituel ou l’impromptu, la relecture ou le « telquel », lire les autres pour le contenu ou pour ce que l’on « devine » de l’auteur, ramener tout à soi ou au contraire « apprendre » des autres…

    je continue à utiliser « n’importe quel support » et à ecrire « n’importe quand »…
    mais je m’efforce à les regrouper et reecrire ensuite sur des carnets ou cahiers divers ou, au minimum, placer dits papelards griffonnés dans un classeur…
    je suis l’apparente désordonnée mais à y bien regarder on peut voir sur les couvertures des titres:

    poèmes (un classeur special pour les plus aboutis), nouvelles, reflexions, descriptions ou personnages pour tel roman (j’en ai 5 commencés)…

    j’ai l’intention de m’y mettre reellement quand je serai à la retraite… car je n’y suis toujours pas…

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