Le paradoxe de la fin d’un livre

Je viens de terminer un livre. Ça m’arrive souvent, mais ça me frustre toujours autant. Quelques explications sur cet étrange phénomène et, bien sûr, la maigre consolation que j’ai fini par trouver.

Terminer un livre représente un étrange paradoxe.

C’est un peu comme obtenir des réponses à des questions qu’on aimerait encore pouvoir se poser.
Surtout lorsqu’il s’agit d’un (bon) polar.

Tout au long de ma lecture, je n’attend qu’une chose : découvrir le pourquoi du comment, connaitre la fin, élucider les mystères, résoudre les énigmes, ou du moins laisser les mots de l’auteur le faire pour nous.

Il y a ce terme, cet aboutissement après lequel courent les yeux sur la page, auquel notre esprit se prépare en échafaudant mille hypothèses et pourtant …

Une fois atteint, cet état est irrémédiable. Le livre est terminé. Fini.
On pourra le relire, bien sûr. Avec beaucoup de plaisir, même. Mais ce ne sera plus la même chose.

Et l’on recommencera, au prochain bon bouquin.

A n’en pas douter, il faut une certaine dose de masochisme pour reproduire une action dont on sait que le fort désir qu’elle procure aboutit toujours  une forme de frustration.

Alors, bien sûr, le plaisir pris pendant l’acte surpasse cette frustration, mais pas dans les derniers instants de la lecture.
Les dernières pages, les derniers mots et le livre qui se referme. Laissant l’esprit dans un instant de flottement, hors du temps.
C’est un instant terrible.
Et je sais qu’il arrivera.
Et je sais que je le retrouverais, au prochain bouquin …

D’autant plus terrible lorsque l’auteur me gratifie d’un  » A Suivre » qui me nargue et me fait enrager parce qu’il est 2h00 du matin et que je n’échapperait pas à mes obligations demain matin sous prétexte d’une frénésie de lecture.

Belle excuse pour une panne de réveil : il y avait marqué « à suivre » à la fin du livre, vous comprenez, je ne pouvais pas faire autrement !

Mais trêve de plaisanterie. Pourquoi tant de frustration, me suis-je demandé, à la fin du Rasoir d’Ockham, quelques instants avant de m’agiter frénétiquement devant mon ordinateur ?
Pourquoi ?

Normalement, je devrais me sentir bien, épanouie, avec le sentiment d’une tâche accomplie comme il faut. J’ai obtenu des réponses à mes questions, même celles que je ne posais pas. L’histoire se fini bien. il ne devrait pas m’en falloir plus.
Alors, pourquoi?

Pour moi, la solution n’est pas tout à fait dans les études académique faite de la fin d’un roman, mais c’est belle et bien une histoire de sentiments.
Malgré tout, il faut faire une distinction entre 2 types de fins : celles qui vous laissent sur votre faim parce qu’elles soulèvent autant de questions qu’elles apportent de réponses et … les autres.

Bien sûr, ce sont les autres qui m’intéressent.
Parce qu’il faut être honnête, ce n’est pas vraiment une nouvelle enquête de McKenzie que j’ai envie de lire. Ce dont j’ai surtout envie, c’est de me retrouver à nouveau embarqué dans son univers.

Après tout, j’ai été derrière son épaule pendant 580 pages, on peut pas se quitter comme ça. Tout de même ! Il s’est tissé entre lui est moi des liens qui ne peuvent se défaire ainsi !

Ma frustration vient de là. En refermant mon livre, je m’arrache de façon définitive à un univers dans lequel j’étais bien et … c’est pas cool. Trop rapide, trop brutal, trop inattendu, trop …

Ok, je force le trait, mais c’est l’idée.

Dans le cas présent, je peux me rassurer en me disant que demain, à la première heure, ou peut-être la deuxième … enfin, avec assez de café dans le sang, je pourrais télécharger un autre titre de M. Loevenbruck et ça ira mieux.
Parfois, ce n’est pas le cas… Parfois, il faut attendre jusque, je ne sais pas … mai 2014* ou « tout simplement », se faire à l’idée que cet univers est perdu à tout jamais.

Malgré tout, parce que je ne suis pas femme à me démoraliser si facilement, j’ai trouvé une solution. Toute simple, toute bête mais au demeurant plutôt efficace.
Je trouve un morceau de musique qui me permet de ne pas sortir trop vite de cet univers, qui me permet de prolonger la rêverie, qui rend moins brutal le retour à la réalité (même si je l’aime beaucoup, ma réalité !).

En fermant mon livre, tout à l’heure, j’ai lancé The End des Doors, j’ai extériorisé ma frustration en tapotant sur mon clavier. Je vais pouvoir dormir. Mais sans enlever mes écouteurs. Pas tout de suite. Et je pense que l’album tout entier va y passer …

Et vous, quels sont vos palliatifs à la terrible mais inéluctable fin d’un livre ?

N.B. : Compte tenu de l’heure, je ne prend pas le temps d’une relecture en mode chasse aux fautes, ce sera pour plus tard …

*date de sorti du prochain Marcas

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3 réflexions sur “Le paradoxe de la fin d’un livre

  1. (oups fausse manip et petite aparté : les portables ont vraiment des touche de lettres trop petites…) alors je reprend de l’ordi a peut près ou mon cerveau était resté.
    Donc je te disais que c’était ma petite méthode a moi pour adoucir ce brutal retour a la réalité…

    il doit manquer quelques mots a tout ca entre les deux commentaires.
    Je te laisse le soin de la « chasse » ca n’a jamais été mon fort 😉

  2. « Commentaire en attente de modération…. » mais il n’y en a qu’un bout ! et c’est la fin en plus. Dois-je y déceler un canard blanc ?

    Alors pour la bonne compréhension des choses je vais reprendre au début… canard très gros quand même si on y pense…

    Donc :
    « Et vous, quels sont vos palliatifs… ? »
    Avant toute chose je vais changer une donné a ton problème.
    A chaque livre que j’envisage je suis prise de la même petite manie : lire les deux trois dernières pages. Oui, je l’entend souvent « sacrilège », suivit de « mais ca gâche tout! » Et bien non, pas à mes yeux !
    Peut être parce que c’est le pourquoi du comment on en est arrivé la qui m’intéresse. Peut être aussi parce que je me dit que si malgré tout j’ai encore envie de me plonger dans cet univers en sachant ou il me mène c’est qu’il en vaut la peine.
    Ou bien est-ce simplement une façon comme une autre de laisser a mon cerveau tout le temps de la lecture pour assimiler que ce qu’il voit n’est que ponctuel…

    Je ne sais pas trop, probablement un peut de tout ca en même temps.

    (et il ne manquera pas de mots puisque j’ai écris le début après la fin… hihi)

    • Alors tu triches !!
      Ça m’étonne de toi, ça !

      Effectivement, je suis de ceux et celles pour qui lire la fin donne l’impression de gâcher le suspens mais je comprend néanmoins la démarche !

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