Droit de vote et champignons

Il y a peu de temps ont eu lieu les élections municipales. Je n’ai pas voté. Je l’assume parfaitement. Pourquoi?

A 17 ans, en 2002, battant le pavé pour barrer la route au FN lors des élections présidentielles, pouvoir voter était un rêve.
A 27 ans, je ne me suis pas déplacée aux bureaux de vote.
En 10 ans, ma vision des élections a changé de manière drastique. Pourtant, je m’intéresse toujours autant à la chose politique.
Ai-je perdu l’idéalisme de ma jeunesse? La dure réalité de l’entrée dans le monde adulte m’a-t-elle blasée au point de ne plus vouloir m’impliquer dans la vie de ma société? Malheureusement, les choses ne sont pas aussi simples.

Je suis toujours aussi idéaliste, je me sens toujours autant concernée, j’ai seulement pris du recul. Et plus je réfléchis, moins j’ai envie de voter.
D’ailleurs, pourquoi voterais-je?
Parce que c’est un droit et un devoir ? parce que des hommes et des femmes se sont battus pour que nous ayons cette chance d’exprimer notre volonté ?
Si je n’avais pas autant de respect pour ces combattants de la démocratie, je rirais bien volontiers.
Exprimer sa volonté, serait-ce choisir de deux maux le moindre? Quid de ce que je veux vraiment?

Pendant mes études, j’ai eu des cours dont l’objet était de nous apprendre à construire des entretiens et des questionnaires. Pour ces derniers, on nous a appris à inclure de manière systématique la case « ne sais pas » ou « ne se prononce pas » ou « autre » permettant de nuancer les choix préformatés que nous proposions.
En toute logique, l’équivalent en matière d’élection serait le vote blanc. Une manière de dire : je suis un citoyen qui tient à s’exprimer mais aucun des choix proposé ne me convient. Pourtant, voter blanc n’a pas plus de poids dans la balance électorale que de s’abstenir. Et, je l’avoue, cela me dérange.

Lorsqu’une élection se prépare, j’ai la désagréable impression d’être dans un restaurant dont la carte ne me proposerait que des plats à base de champignons ou de viande de mouton. Quoique je choisisse, je sais que je serais déçue parce que je n’aime ni l’un, ni l’autre. Et si, au restaurant, je peux laisser sur le bord de mon assiette ces petits bouts informes de champignons, c’est un luxe que ne permet pas une élection. Lorsqu’on choisit, on se retrouve face à un plat dont on doit avaler jusqu’à la dernière miette, peu importe que cela nous donne la nausée. Et savoir qu’on a échappé à un plat dont on aurait pu seulement goûter la sauce du bout du doigt avant d’être dégoûté par ce gout de viande qui s’imprègne partout est une très maigre consolation.
Je me souviens de mes cours d’éducation civique qui nous présentaient le droit de vote comme l’expression d’une liberté durement acquise et là aussi, je retiens mon rire.
Je ne peux me résoudre à choisir moi-même d’avoir la nausée !

Alors je ne vote pas.

Je comprends malgré cela que certaines personnes aiment le mouton ou les champignons. J’ai un peu plus de mal avec l’idée qu’aimant cela, ils souhaitent l’imposer à tous les autres. Néanmoins, eux votent et moi non. Leur choix est donc légitime, à l’inverse du mien.

Ma liberté se réduit à ce qui suit :

  • je choisis le plat qui me donnera le moins la nausée, celui dont j’espère qu’avec le temps, il me paraîtra moins insupportable.
  • je ne choisis pas et je subis le choix des autres.

Ah, que j’aime la liberté…

Partant de là, j’ai fait mon choix.
Lorsqu’on me proposera des frites, ou simplement des nouilles, je reprendrais le chemin des urnes.
Lorsqu’on me proposera une côtelette d’agneau aux champignons, je reprendrais le chemin des urnes.
Lorsqu’on acceptera de tenir compte du fait que je n’aime rien de ce que propose le menu, je reprendrais le chemin des urnes.
Pour l’instant, j’ai choisi de ne pas choisir.

Le droit, le devoir, la liberté. J’ai fait mon choix, il n’appartient qu’à moi et ma conscience.
Nos décisions et nos goûts importent peu, en cuisine comme en politique. Ce qui compte vraiment à mon humble avis, c’est d’agir en toute connaissance de cause, de comprendre nos actes, de les assumer et si besoin, de les défendre avec honnête et sincérité.

Moi, j’ai choisi de ne pas choisir. J’ai choisi de subir le choix des autres en espérant qu’eux l’ai fait parce qu’ils étaient convaincus qu’il leur était bénéfique. C’est ma propre liberté, c’est mon propre deal avec ma conscience et en aucun cas je ne le regrette.
Je n’aime toujours pas les champignons, encore moins le mouton mais je fais avec parce que visiblement, d’autres aiment ça. C’est peut-être lâche, c’est peut-être faible, c’est peut-être stupide voire dangereux mais je ne tomberais pas de haut parce que je sais à quoi m’attendre.
J’ai choisi de ne pas choisir et j’ai choisi de ne pas me plaindre.
Je n’ai nullement choisi d’arrêter de penser, de réfléchir, de m’interroger et de m’intéresser.
J’ai choisi de ne pas choisir et de ne pas avoir de rancœur ou de rancune.
Je n’ai pas choisi de renoncer à un droit ou de refuser un devoir.
J’ai choisi ma liberté et je laisse chacun en faire de même.

Suis-je une mauvaise personne?

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